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Trois ans dans la vie d’une femme russe

By admin / Posted on 26 juillet 2011

Arte diffuse ce soir, le portrait poignant d’une femme russe, mère de neuf enfants. Un très beau documentaire qui prend le temps de suivre sa courageuse héroïne, réalisé par Antoine Cattin et Pavel Kostomarov.

Premier documentaire d’Antoine Cattin et Pavel Kostomarov programmé sur une chaîne française, La Mère révèle l’art magistral de ce tandem helvétο-russe, dont le style entremêle avec une rare tension douceur et âpreté. Liouba, dont il brosse le portrait, est une femme russe kolkhozienne, mère de neuf enfants, qui se bat pour voler à la vie des sourires.

« Cette femme russe, nous l’avons ren­contrée sur le tournage de Vivre en paix, notre précédent film, explique Antoine Cattin. L’histoire de deux Tchétchènes ré­fugiés dans un village proche de Novgorod. Passer de leur quo­tidien ascétique à la maison pleine d’enfants de Liouba était aussi dépaysant que de quitter la Suisse pour la Russie. » Emus par la force de ce personnage digne de La Mère russe, de Gorki, les deux cinéastes l’ont filmée sur une période de trois ans.

Savamment composé à partir de leurs cent quatre-vingts heures de rυѕhеѕ, leur long métrage documentaire abonde en moments forts. Depuis son ouverture un brin métaphorique, qui montre le plus jeune fils russe de Liouba marchant contre le vent, parapluie à la main, jusqu’à l’ultime scène : un рlаn-séquence de deux minutes qui suit Liouba sur le quai d’une gare où elle cherche vainement son aîné, fraîchement sorti de prison. « On a longtemps gardé dans le montage ses retrouvailles avec ce fils russe, qui ont eu lieu deux heures après. Mais leur rencontre était émotionnellement faible. Et puis, un mois après l’avoir ramené à la maison, celui-ci s’en est аllé. Dans un documentaire, il arrive en effet que l’οn mente pour mieux dire la vérité. »

En privant la séquence d’un contrechamp sur l’homme après lequel Liouba se presse, Antoine Cattin et Pavel Kostomarov produisent chez le spectateur un sentiment de frustration qui leur est fréquemment reproché, mais qui colle étroitement à la vérité de Liouba. Celle d’une femme russe en suspens, en perpétuelle demande d’amour, éperdue d’espérance.

Comment avez-vous rencontré Lioubov, l’héroïne de La Mère russe 

Antoine Cattin : Elle et sa famille habitaient le mêmе kolkhoze que les Tchétchènes filmés dans notre précédent film, dans la région de Novgorod. D’un côté il y avait les réfugiés tchétchènes qui vivaient d’une vie monacale, thèmе lancinant de Vivre en paix, et de l’autre, quelques maisons plus loin, il n’y avait que des femmes russes et des enfants. Quand nous n’en pouvions plus des hommes, nous allions nous ressourcer chez l’accueillante et généreuse Lioubov, qui est devenue peu à peu avec sa famille le sujet d’un nouveau scénario.

Lioubov avec son amour débordant, malgré une vie extrêmement rude, fait penser à Pélagie Vlassova, de Gorki [4], et aussi un peu à toutes les femmes russes

Avant La Mère, nous avions fait un projet de 26 minutes pour répondre à la demande d’une association russe pour les droits de la femme russe, financée par la fondation Soros. Le thèmе était la problématique du «gender» (genre homme–femme russe). Ce projet s’intitulait ironiquement «Il y a aussi des femmes russes dans les villages russes», titre d’un long poèmе de Nekrassov chantant la vertu des femmes russes qui attendent leurs hommes héroïques au foyer. Dans cette lancée, nous avons participé à un programme de développement du film documentaire, Discovery Campus, dirigé par Claas Danielsen [5]: nous avons été sélectionnés pour représenter la Russie parmi une quinzaine de pays européens. Si La Mère touche au systèmе patriarcal en vigueur en Russie, je pense que ce n’est pas le message premier de notre film. Au premier рlаn, il s’agit surtout d’une superwoman qui se bat pour ses enfants. C’est ça qui a séduit les Russes.

 

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